Lundi 16 novembre 2009 1 16 /11 /Nov /2009 22:20
Comme vous pourrez le lire dans les lignes qui suivent, est décrit le drame de la mort d'un homme, ouvrier et père de famille, sur son lieu de travail. Ce geste n'est pas sans signification. L'accumulation des suicides en entreprises nous interroge humains que nous sommes.

Ce site a pour but humblement d'apporter des éléments au débat. Il a aussi pour but d'aider des personnes qui connaissent des suicides dans leur famille à poser des mots sur leur mal être. Bon courage à tous ceux qui sont visés par ces mots...
Par Razoky
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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 12:30

Stress au travail

Le contre-exemple de Michelin Cholet (49)


 
 

Les faits

 

Un ouvrier grièvement brûlé, un autre avec la cheville cassée après la chute d’une palette, une personne amputée des dix doigts, un suicide dans l’entreprise et plus récemment une travailleuse qui a eu le bras happé par une machine. Elle est aujourd’hui handicapée après son amputation de l’avant-bras. Tout cela en quelques mois seulement.

 

D'un point de vue extérieur, la situation a de quoi inquiéter la plupart d'entre nous, et cela à plus forte raison lorsque la personne ayant mis fin à ses jours est votre père et lorsque depuis ce jour, le 2 novembre 2007, les accidents n'ont pas cessés de se succéder. De plus, aujourd’hui, la multiplication des licenciements replace l’entreprise au centre des débats et pose des questions sur le mode de gouvernance de celle-ci.

 

Un peu plus d'un an et demi après le drame ayant touché mon père, je souhaite revenir sur celui-ci afin de vous fournir l'ensemble des éléments permettant de tirer des enseignements afin que nous puissions agir à l’amélioration des conditions de travail et pour que le nombre de suicides en entreprises puisse décroître.

 

Le suicide n'est pas un événement laissant indifférent, encore moins quand celui-ci intervient sur le lieu où l'on passe l'essentiel de son temps, et qui constitue la pierre angulaire de l'activité sociale pour les actifs ou ceux qui cherchent à le (re)devenir.

 

Si mon argumentaire est principalement centré autour de l'histoire de mon père et de son entreprise, c’est que je dispose dans ce cas d'un maximum d'éléments. J'ai recherché à élargir ma réflexion au delà de cette situation via la consultation de divers documents dont les références sont cités à la fin de cet écrit. Aussi, je vous informe avoir travaillé pendant 4 mois et demi au sein de l'entreprise Michelin, sur un poste de finisseur (poste auquel les employés viennent déposer l'ensemble de la partie supérieure du pneu : nappes métalliques, renfort et bande de roulement, avant envoi en four de cuisson).

 

Aussi, ce document a pour objectif de revenir sur le licenciement d’un employé de l’usine, nommé Freddy, ayant entraîné une action en justice contre l'entreprise Michelin, gagnée par l’employé. Celui-ci avait été licencié pour avoir critiqué les conditions de travail dans l'entreprise, selon Ouest France, sur le site Copains d'Avant, cet ouvrier de l'usine Michelin de Cholet (Maine-et-Loire)  avait traité en mars 2008 son employeur d' "exploitateur" (sic) et qu'il subissait un "boulot de bagnard". Cet ouvrier avait été licencié, pour « faute réelle et sérieuse ».

 

Les évolutions du contexte interne à l'entreprise

 

Selon le responsable de l'usine, interrogé sur France 3, « Depuis toujours, depuis 35 ans, l'usine vit en faisant des progrès; des progrès en sécurité, des progrès en qualité, des progrès en productivité. Notre objectif est d'abord et avant tout de protéger nos gens au travail. C'est notre priorité numéro 1. »

 

Sans remettre en cause les propos tenu par le responsable de l'usine, entre aujourd'hui et hier la situation a fondamentalement évolué. Aussi l'employé s'adapte désormais plus à la machine que l'inverse car le potentiel de production est passé progressivement de l'employé à la machine. L'employé se contente désormais d'accompagner la machine dans sa production en réalisant les opérations que celle-ci peut difficilement effectuer seule ou qui occasionneraient de trop nombreux arrêts de production ou ratés de fabrication, en contrôlant les malfaçons, les problèmes de réglages et de pannes... L'exemple de la chaîne de « finition » des pneus est particulièrement illustratif de cette évolution. Dans cet atelier, les employés travaillent sur des machines dont la valeur dépasse largement les 150.000 euros. Cet équipement permet de déposer en un temps record (< à 2 min pour les pneus 4X4 et < à 1 min 30 pour les pneus tourisme), les nappes, renforts et autres bandes de roulement. De plus, les divers temps de repos, entre la mise en place des nappes pour 2 pneus différents a été réduite à sa plus simple expression puisque la machine vient elle même se positionner le temps que l'employé expédie le pneu précédent. Dans le service cuisson, où travaillait mon père, la capacité d'absorption a été très nettement augmentée grâce à la mise en place de nouveaux systèmes de tapis  et lecture de codes permettant d'alimenter un nombre sans cesse plus important de fours.

 

Aussi, le passage aux 35 heures a été accompagné par la mise en place du travail le dimanche. Ce qui permet désormais de rentabiliser les machines 7 jours sur 7 lorsque les employés ne sont pas en chômage technique.

 

Au final, l'employé est certes moins longtemps présent sur le lieu de travail mais il est de plus en plus productif de part la mise en place de moyens techniques de plus en plus poussés devant être rentabilisés sur des délais de plus en plus réduits. Les impératifs de productivité augmentent donc sans cesse sur les employés et les risques associés. Parallèlement, la législation et les contrôles cherchent à maîtriser ces risques, même s’ils ne peuvent pas l’être pleinement.

 

Le rôle des syndicats

 

L'évolution du monde du travail sur les dernières décennies a fortement impacté l'évolution du monde syndical en lui même. La précarisation de la situation contractuelle d'une partie des employés notamment sur les postes les plus sujets à la pression liée à la productivité, et le recrutement d'un personnel surqualifié (Bac+2) empêchent une bonne partie du personnel de s'impliquer sur du long terme dans l'entreprise.

 

Quant aux négociations sur les 35 heures, elles ont eu un impact négatif sur le climat social de l'entreprise et ceci à plusieurs titres :

 

l        Les horaires et rotations effectués dans les divers ateliers ont été différenciés (rotations sur 2 ou 4 jours...). Les employés qui étaient divisés par ateliers et équipes mais qui pouvaient covoiturer par exemple, ne le peuvent plus.

l        De plus, les effectifs en personnel ont été répartis sur une période de travail élargie (dimanche inclus), et chaque employé a pu effectuer le choix de récupérer sous forme de temps ou de complément de salaire, les heures effectuées le dimanche.

 

Aussi, la séparation des tâches a eu tendance à isoler les employés dans leur secteur et dans leurs postes, réduisant par la même le sentiment de solidarité qui était jusqu'ici au dessus de la moyenne.

 

De plus, les sujets liés aux conditions de travail ont tendance à nettement moins mobiliser que ceux liés aux salaires. Cela est d'autant plus vrai que les postes sont très différents les uns des autres tandis que les problèmes de salaires concernent tout le personnel et que, les primes retirées des salaires, le salaire de base reste très bas en comparaison des contraintes à subir par rapport à la vie sociale et familiale.

 

Précarité, choix individuels ou par atelier, séparation des tâches, réduction du nombre d'adhérents, augmentation de la moyenne d’âge des syndiqués ont eu pour tendance à affaiblir le rôle des syndicats à l'intérieur de l'entreprise alors même que l'intensification du travail et l'extension des horaires de travail gagnaient.

 

La situation individuelle de l'employé

 

Face à cette situation, les employés ont pu développer leurs « moyens de protection individuels » : Implication dans la lutte syndicale (il en reste heureusement), demande de formations, d'évolution, de changement de poste,  réduction du temps de présence dans l'entreprise via la récupération doublée des heures effectuées le dimanche, attente de la retraite en « serrant les dents », ou purement et simplement le changement d'entreprise.

 

Le suicide de mon père et responsabilités associées

 

En cela, le suicide de mon père, le 2 novembre 2007, au sein même de l'entreprise à 20h le soir et après 7 heures de présence sur le site constitue pour partie le résultat de cette évolution et de ces comportements individuels de protection contre l'évolution du monde du travail.

 

  • Les responsabilités de l'entreprise Michelin

La sous-évaluation de l'impact des évolutions des conditions de travail sur la santé des travailleurs est une piste à retenir. En effet, la précarisation de l'emploi a permis à l’entreprise de masquer l’impact de l’augmentation des cadences sur les organismes puisque les postes les plus usants, car hautement répétitifs et pouvant des troubles musculo-squelettiques, font l’objet de rotations toujours plus régulières. Aussi, la tendance à l’individualisation et la responsabilisation des employés via les systèmes de notation ont eu pour but de générer une augmentation de la productivité et du stress des employés. Dans le même temps, le droit du travail est essentiellement centré sur la sécurité du travailleur et non sur son bien être, très difficile à évaluer dans l'état actuel des recherches effectuées.

 

Si on rajoute à cette situation, le doute planant sur la situation des retraites en la fin d'année 2007, sur la réduction du recours aux préretraites (qui générait une soupape de décompression envers les employés les plus usés par le travail en équipe sur toute leur vie), et l'allongement des durées de cotisations. Il est aisé de comprendre que les salariés ayant opté pour un mode de protection individuel de réduction du temps de travail sur site et l'attente de la préretraite se soient retrouvés en situation de difficulté.

 

S'il on prend en compte les prédispositions au renferment sur soi hérités de son enfance, les difficultés éprouvées par mon père pour se remettre d'une situation de harcèlement au travail datant de 1995 et les difficultés internes à la famille proche pour accompagner une personne dépressive sur le long terme (le comportement de mon père sur les jours précédents son suicide nous paraissait nettement moins inquiétant que celui observé sur des périodes plus anciennes). A regarder de près beaucoup d'éléments se conjuguaient pour affaiblir psychologiquement mon père sans qu'il ne puisse se protéger lui-même.

 

  • Les responsabilités des syndicats

Les syndicats ont sous évalué l'impact de la dégradation des conditions de travail sur l'intégrité mentale des employés et concentré les revendications sur les salaires plus à même de fédérer le personnel. De plus le manque de renouvellement de leurs effectifs et la division du personnel, pour les raisons invoquées ci-dessus, n’a pas permis d’insuffler un débat de fond interne à l’entreprise.

 

  • Les responsabilités de la société civile et du citoyen

Aussi et surtout, il faut cibler le rôle de la société civile et du citoyen. Si aujourd'hui la critique du travail le dimanche a pu émerger puisqu'elle a constitué un thème central de la dernière campagne présidentiel et parce qu'elle concerne énormément d'employés, lors du passage au travail le dimanche chez Michelin : où était la société civile?

 

S'il apparaît évident que les services hospitaliers et aux personnes âgées, que les services de sécurité ou encore de l'énergie doivent fonctionner quelques soient les jours car il y a une logique de service à respecter, en est il de même pour la fabrication de pneumatiques? Est-il indispensable de continuer à produire des pneumatiques même le dimanche?

 

A cette contrainte s'ajoute le fait que travailler le dimanche que ce soit de 5h à 13h, de 13h à 21h ou de 21h à 5h le lendemain; conditionne l'organisation de 3 de vos dimanches sur 4. Tandis que dans les services publiques, le dimanche est souvent intégralement perturbé par le travail et 1 dimanche sur 2 au maximum, quant aux dimanches libres, ils le sont réellement.

 

Pour illustrer cet exemple, je me rappelle parfaitement les dimanches où j'étais encore au collège et que mon père devait travailler. Ces dimanches nous devions manquer les repas de famille et il était impossible de partir loin du domicile ou de passer du temps ensemble à cause de la production passée ou à venir de pneus. Il est vraiment difficile d'intégrer cela dans l'esprit d'un enfant, je vous le confirme.

 

Bilan

 

En ce qui concerne le suicide de mon père, un ensemble de responsabilités incombe à l'entreprise mais elles sont insuffisantes pour l'incriminer sur le plan pénal puisque l'entreprise a respecté la loi. Du plus, l'origine du mal-être de mon père n'est pas lié exclusivement au contexte de l'entreprise mais à un ensemble d'éléments personnels. Toutefois, l'accumulation d'accidents confirme bien le manque de prise en compte de l'impact de l'évolution des conditions de travail sur la capacité des employés à faire face à ces évolutions. En cela le licenciement de l'employé s'étant plaint de ses conditions de travail pour faute réelle et sérieuse ne constitue que l'émergence d'un problème de fond et doit constituer la base d'un réel débat interne à l'entreprise basé sur un travail d'expertise.

 

La société civile et les syndicats doivent aussi tenir compte et fortement des évolutions du monde du travail induites par l'intensification du travail. On demande plus aux employés sur des périodes plus courtes, ce qui induit des situations d'échec et de stress pour les employés les plus fragiles et les outils techniques et législatifs en place ne permettent pas d'y faire face. De plus, les travaux d'étude effectués sur ce sujet sont encore trop peu nombreux et pas assez vulgarisés pour permettre la mise en place d'actions concrètes

 

Enfin il incombe aux citoyens de prendre en compte un certain nombre d'éléments fondamentaux tels que :

 

l        la nécessité de produire un nouveau modèle social plus à même de protéger l'individu dans un contexte social individualisant le travailleur.

l        L'intégration du fait que notre mode de consommation induit le développement de l'achat de produits à importer, libère de plus en plus les marges de manœuvre pour les entreprises françaises en situation d'exportateur. Ce qui réduit la possibilité d'appliquer la justice sociale à l'intérieur des entreprises avant que des drames se produisent.

 

Je suis ravi de savoir que Freddy Rondeau ait pu obtenir réparation pour son licenciement abusif mais le combat ne doit pas s’arrêter là. Le plan de licenciement annoncé ces derniers jours risque une fois de plus de repousser l’émergence d’un questionnement du mode de travail. Un débat est en effet nécessaire pour que l'employeur et les syndicats puissent travailler sur un projet visant à améliorer réellement les conditions de travail dans l'entreprise. Or, le départ à la retraite anticipé de centaines d’employés, ne fera que cacher leur usure physique, peser toujours plus sur les charges des entreprises, réduire leur compétitivité et inciter toujours plus les entreprises à la délocalisation et à la réduction de leur personnel.

 

L’émergence d’un débat sur les conditions de travail bénéficiera à terme autant aux employés qu'à l'entreprise en elle-même. La crise financière ne doit surtout pas cacher le fond du problème. Et comme nous pouvons le voir, le suicide de mon père et de tout autre employé sur son lieu de travail ne doit pas nous laisser indifférent. Le suicide mercredi dernier d’un employé de Michelin, le 24 juin 2009, achève de me convaincre de vous contacter afin que vous puissiez agir à votre échelle à l’amélioration des conditions de travail. Ce sujet doit désormais constituer un réel enjeu politique dépassant largement les questions du temps de travail hebdomadaires ou des heures supplémentaires et les clivages gauche-droite. La non résolution de ce problème ne fait qu’aggraver la crise économique et accélérer une course orientée vers un productivisme compulsif cachant les problématiques essentielles.

 

Et puis la question est elle de travailler plus ou moins ou simplement de travailler, et dans de bonnes conditions ? La résolution de cette question implique un réel politique et plus largement un réel choix de vie pour les années futures.

 

Cerrito 

 

Le 29 juin 2009

 

Les Références

 

Video :

 

http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoafY8rk.html

 

Livre :

 

Travail, usure mentale, Christophe Dejours, Edition Bayard, 2008

Le travail intenable, sous la direction de Laurence Théry, Edition la découverte, 2006

 

Article :

 

« Boulot de bagnard », Michelin déjante, Marianne, n° 609, p 36

 

Webographie :

 
Actualités Michelin Cholet

Bellaciao - Michelin, cholet licencie pour cause de web....

Nouvel Observateur - Stress au travail : chez michel aussi
Orange - Un salarié de Michelin se suicide sur son lieu de travail

Ouest France - Michelin - ils dénoncent la pression au travail
Ouest France - Il critique Michelin sur internet : licencié
RTL - Un salarié de Michelin licencié pour avoir critiqué son travail sur Internet

Choletblog - Michelin sous surveillance après une série d’accidents
Le Parisien - Licencié pour avoir mal parlé de Michelin sur Internet
Par Razoky
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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 12:29

Hier matin, les délégués CGT de l'usine choletaise ont déposé une lettre à la direction. Ils réclament une intervention et menacent d'un débrayage.


« Afin de faire cesser [les] pratiques de pression et de harcèlement moral exercées sur les employés », le bureau de la CGT de Michelin de Cholet a demandé, hier matin, dans une lettre de deux pages et demie, une intervention urgente de la direction de l'usine.

Depuis des mois, dit-il, les conditions de travail au sein de l'entreprise se dégradent. En 2007-2008, un homme s'est suicidé, un autre a perdu ses 10 doigts et une femme s'est fait arracher le bras. Trois faits dramatiques qui témoignent de la « sécurité altérée chez Michelin », soutient Denis Plard, délégué syndical CGT.

« La situation est déjà grave...

Le syndicat dénonce les fiches nominatives sur lesquelles figurent les performances individuelles de chaque salarié. Affichées dans les ateliers, elles deviennent rouges lorsque l'un d'entre eux connaît quelques difficultés. Le courrier évoque également une incitation à la délation entre collègues.

Autre point noir : les documents destinés aux services hospitaliers des urgences, remis à l'occasion des accidents de travail. Les salariés doivent revenir les récupérer après coup dans l'usine, « où une pression de la hiérarchie est exercée pour qu'ils renoncent à leur arrêt de travail ».

Alors qu'il était en arrêt pour dépression, un salarié aurait vu son vestiaire ouvert de force et vidé de ses effets personnels. Une façon brutale d'interdire tout retour dans l'usine. « Nous avons listé quelques exemples, mais il y en a d'autres. Michelin n'a jamais rien fait là-dessus, nous sommes face à une situation complètement bouchée », s'inquiète Richard Grangien, CGT. Et son collègue, Didier Lavigne ne manque pas de remarquer que « pour une entreprise qui aimerait garder l'image d'un Bibendum souriant, ce temps est terminé ».

...mais on pressent le pire »

Les délégués syndicaux craignent que le pire soit à venir. Epargnés par les plans sociaux annoncés en juin (Ouest-France du 18 juin), les employés de Cholet croient payer « aujourd'hui les conséquences des politiques nationales de Michelin. Les conditions de travail qui s'aggravent », explique Denis Plard.

D'ici 2011, la production de l'usine devrait avoir augmenté de 40 %. Si de nouvelles lignes sont installées dans les ateliers, la main-d'oeuvre n'y est quant à elle pas plus nombreuse. « Au final, il faudra que chacun augmente sa productivité de 35 % », remarque le bureau de la CGT.

Les nerfs de certains employés ont déjà craqué. Des coups sont partis, sur un collègue ou sur des objets blessants. « Quand les salariés tapent comme ça, dans un acte individuel, on considère que c'est un échec, précise Richard Grangien. Quand la colère montera, si elle n'est pas organisée, ça pourrait être incontrôlable. »

La lettre remise hier matin est adressée au président du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail de l'usine de Cholet. Une copie a été adressée au siège social à Clermont-Ferrand, à la CPAM, à la Cram, au ministère de la Santé et à l'inspection de la médecine du travail.

Selon une porte-parole de Michelin contactée hier, « des réponses seront apportées à ces demandes, dans le cadre légal des réunions de CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) », pas avant la fin août en tous les cas.

Dans l'attente d'une réponse de la part de la direction du site, les délégués syndicaux de la CGT avertissent : « Elle ne pourra pas dire qu'elle n'était pas prévenue. S'il n'y a pas d'améliorations, on partira sur un débrayage, voire une grève. C'est quand même notre santé qui est mise en jeu. »
www.ouest-france.fr : Nolwenn GUILLOU -07/08/2009

Par Razoky
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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 12:29

Plusieurs salariés de l'entreprise de pneumatiques se sont donnés la mort depuis 2008. Le sentiment d’inquiétude et de stress semble grandissant. Enquête d'Anne Crignon pour Le Nouvel Observateur.

Michelin (Reuters)

 

Michelin (Reuters)

 

Le vélo, la course à pied, la batterie. Pour ces choses qu’il aimait, Angel Arevalo n’avait plus de temps, depuis son arrivée à Clermont- Ferrand. A l’aube de ses 55 ans, cet ingénieur chimiste embauché depuis 1980 ans chez Michelin-Allemagne à Karlsruhe, avait demandé à partir pour deux ans en France. L’hiver 2008, il rejoint donc le site historique du pneumaticien et occupe un poste à dimension internationale consistant mettre à des normes identiques le « contrôle- qualité » du caoutchouc sur tous les sites du monde. Sa femme Chantal, ses deux filles -24 et 27 ans, ses amis : rapidement, tous le trouvent "changé". Préoccupé et anxieux, s’attardant au bureau, lui qui avait toujours établi une césure nette entre le travail et le temps pour vivre.
Six mois après son arrivée et pour la première fois de sa vie, il consulte le médecin de famille pour une prescription de somnifères. "Depuis quelques temps, il se réveillait tous les jours à 4 ou 5 heures du matin", raconte Chantal Arevalo. Cet homme, apprécié aussi pour son immédiate gentillesse, s’est suicidé dans son bureau dans la nuit du 23 au 24 juin. La veille, au cours d’une réunion-phare qu’il appréhendait beaucoup, on avait parlé retard et dépassement budget. Sa femme a porté plainte pour homicide involontaire : "Si Michelin l’a broyé, dit elle, il faut le faire savoir".
Un autre employé, 29 ans celui-là, s’est suicidé dans son bureau en novembre 2008. "Le cas de ce salarié est assez différent de celui de Monsieur Arevalo, nous explique par mail Sophie Perrier, directrice de la communication chez Michelin. L’Enquête du comité Hygiène et Sécurité n’a pas mis l’entreprise en cause. En effet, là, le salarié avait exprimé des difficultés et ses responsables avaient eu à plusieurs reprises des entretiens avec lui pour les mettre à plat. Nous avions placé un expert technique auprès de lui afin de l’épauler dans son travail. Il disposait dune assistante permanente." Et en août, un ouvrier victime d’un accident du travail s’est donné la mort, chez lui cette fois, affecté, selon nos informations, par un manque d’égards après son retour à l’usine. Une nouvelle enquête est en cours pour savoir s’il existe un lien- ou non- entre son décès et son activité professionnelle.

"Extrêmement affecté"


Reste que Michelin semble traversé par des courants contraires. D’un côté l’image bonhomme de l’entreprise à papa, seul fleuron du Cac 40 à rayonner mondialement depuis la province française. De l’autre, un fond de crise et de récession qui génère - mais cela est une réalité pour de nombreuses entreprises- un sentiment grandissant d’inquiétude et de stress. "Il n’y a guère que les hévéas de la serre tropicale trônant devant le siège social de la multinationale à se porter aujourd’hui comme un charme", écrivait notre confrère Dany Stive de L’Humanité envoyé sur place au printemps dernier.
Quoiqu’il en soit, les proches d’Angel Arevalo sont convaincus que bien trop de pressions se sont exercées sur ce perfectionniste. Selon eux, Angel a repris un projet déjà" mal ficelé" avant son arrivée. " Ca parait énorme, dit son ami et beau frère, avec qui Angel discutait beaucoup. Ce qui lui est arrivé, c’est comme si on proposait à quelqu’un de faire une marche et qu’à son arrivée on lui mettait directement quarante kilos sur le dos. En février, on lui avait retiré un collaborateur pour le mettre ailleurs. Il en avait été extrêmement affecté". La direction précise qu’on lui avait adjoint un remplaçant peu après.
Par ailleurs, la famille raconte qu’à son arrivée en France, Angel était meurtri de s’être retrouvé dans un studio avec clic-clac, et que le logement obtenu un peu plus tard n’était guère plus riant. Michelin explique que ce salarié avait demandé et choisi ce nouveau poste en connaissance de cause, à l’issue de longues tractations. "Ce n’était pas les mêmes process, pas les mêmes challenges, et une autre envergure, c’est vrai", dit la porte parole du groupe qui assure que tout sera fait pour comprendre ce geste. Gérard Duhesme, patron des sites de Clermont-Ferrand, fait valoir que depuis 2004 a été lancé "un plan de bataille pour repérer les situations de stress". Et pourquoi donc, ce plan de bataille anti stress ?


Le vocabulaire 2009


A l’issu de –longs- entretiens avec les uns et les autres, l’hypothèse de travail pourrait être la suivante : dans la filiale allemande de Michelin à Karslruhe, Angel Arevalo travaillait beaucoup déjà, mais dans une ambiance a priori sereine (ce grand amateur de musiques, avait, peu avant son départ pour la France, enregistré un CD avec des camarades de bureau). Aurait- il été heurté par un "management" plus rude à Clermont- Ferrand ? La direction se désole de n’avoir pas senti le désarroi grandissant de l’ingénieur et regrette qu’il n’en ait pas parlé à la "fonction RH" ou "à son hiérarchique". C’est comme ça qu’on parle en 2009.

Anne Crignon, le 3 octobre 2009
Par Razoky
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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 12:29
Article 3
Par Razoky
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